36. Maison Fréchette
Au 87, rue MacKay se trouve une charmante villa de banlieue datant du 19e siècle. Elle est pittoresque, avec ses murs en brique rouge agrémentés de détails en brique jaune, son toit à forte pente et sa porte centrale en projection, sise sur un enchanteur terrain verdoyant. La maison tient une place spéciale dans la culture et l’identité canadiennes. Parmi ses résidents successifs figurent Achille Fréchette et son épouse américaine Annie Howells. L’un était poète, avocat, journaliste et traducteur en chef à la Chambre des communes. L’autre était romancière et autrice de nombreuses nouvelles.
Achille et Annie étaient le couple en vue à Ottawa dans les années 1870. Ils étaient des écrivains accomplis et des hôtes accueillants. Leur maison était un lieu de rencontre pour une génération de vedettes littéraires canadiennes. Sir Wilfrid Laurier et le poète Archibald Lampman étaient de leurs amis. Comme de nombreux auteurs canadiens de la fin du 19e siècle, Achille s’efforçait de saisir l’authenticité essentielle du paysage canadien. En témoigne sa description captivante du fleuve Saint-Laurent l’hiver, telle que citée dans la biographie d’Achille et Annie signée par James Doyle :
C’est l’hiver. Des monceaux [sic : morceaux] de glaces entassées
Couvrent du Saint-Laurent les rives délaissées;
De gros floçons [sic : flocons] de neige obscurcissent les aires;
La nuit descend du ciel, nuit hâtive et profonde,
Un pavre [sic : pauvre] prêtre, seul, sur la berge qui gronde
S’avance à pas tardifs dans des sentiers déserts!
Après de nombreuses années à Ottawa, Achille et Annie ont choisi de mener une vie de découverte par les voyages, parcourant l’Europe avant de s’établir en Californie où ils finiront leurs jours. Est-ce qu’Achille rêvait de son fleuve Saint-Laurent quand il se délassait sous les palmiers?
La maison Fréchette est désignée en vertu de la partie IV de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario pour ses qualités architecturales et ses associations historiques, mais son cadre a aussi son importance. Construite en 1877, la demeure se trouve dans New Edinburgh, quartier historique et district de conservation du patrimoine. Le secteur avait été acquis au début du 19e siècle par le maçon et entrepreneur Thomas MacKay, qui y voyait un lieu propice pour le logement des travailleurs de ses moulins aux chutes Rideau. Peu à peu au cours du siècle, la population d’Ottawa devenant plus aisée, les modestes habitations d’ouvriers du secteur ont été remplacées par des maisons comme celle-ci, résidences plus cossues, pour la classe moyenne.
En mars 2013, un incendie a ravagé la maison, détruisant l’intérieur et la structure du toit. Trois alarmes incendie ont été déclenchées. Deux pompiers ont été blessés, mais heureusement se sont ensuite rétablis. Les murs extérieurs de la maison ont survécu en relativement bon état, et la demeure sera soigneusement restaurée. Tout à leur honneur, les propriétaires de la demeure ont fait le nécessaire pour la faire renaître de ses cendres. En 2014, dans le cadre de ses Prix du patrimoine, la Ville d’Ottawa a décerné au projet un Prix d’excellence : Restauration (petite échelle).
Références
Propriétés désignées individuellement
« Two Firefighters Injured in Million-Dollar Fire at Historic Fréchette House in New Edinburgh », Ottawa Citizen, 15 mars 2013.
« Heritage House Owner Vows to Rebuild », CBC, 15 mars 2013.
Andrew Waldron, Explorer la capitale : Guide architectural de la région d’Ottawa-Gatineau (Vancouver et Ottawa [Presses de l’Université d’Ottawa], 2017).
Ottawa : Guide du patrimoine bâti (Ottawa : CCLCA, 2000).
Katherine Fletcher, Capital Walks: Walking Tours of Ottawa, 2e éd. (Markham & Whiteside, 2004), p. 123.
James Doyle, Annie Howells and Achille Fréchette (Toronto : University of Toronto Press, 1979), p. 153.