26. Station de pompage de la rue Fleet
Quand Ottawa est devenue la capitale du Canada en 1857, la ville n’avait pas d’approvisionnement fiable en eau. Des tonneaux étaient remplis dans la rivière des Outaouais et livrés dans la ville en charrettes tirées par des chevaux. Pour fournir les édifices du Parlement, une station de pompage a été construite en 1865 au bord de l’eau. Elle puisait l’eau de la rivière pour remplir des réservoirs dans six tours aux coins de l’édifice du Centre et les greniers des édifices de l’Est et de l’Ouest.
Dans les années 1870, le besoin d’une alimentation sûre en eau potable était devenu urgent. La Ville a donc construit une station de pompage sur les plaines LeBreton. Elle a été conçue par l’ingénieur civil Thomas Coltrin Keefer, qui avait construit des usines hydrauliques à vapeur à Montréal et à Hamilton. Il était aussi un éminent ingénieur de canaux et de chemins de fer.
Les plans de Keefer pour la station de pompage de la rue Queen Ouest (qui deviendra la rue Fleet) utilisaient la puissance des chutes de la Chaudière pour actionner deux pompes alimentant les conduites d’eau principales partant vers l’est le long des rues Wellington et Slater, et vers l’ouest aux plaines LeBreton. L’usine hydraulique en pierre calcaire a été ouverte en 1874. L’eau était amenée par un aqueduc ouvert à partir de la baie Nepean, et l’eau potable prise plus loin dans la rivière cheminait dans un tuyau reposant au fond de l’aqueduc. L’eau propulsant les pompes s’écoulait sous le pont Pooley puis, par le canal de fuite, retournait dans la rivière des Outaouais.
La station de pompage a été agrandie en 1888 par l’ancien adjoint de Keefer, Robert Surtees, qui était alors l’ingénieur municipal responsable des ouvrages hydrauliques. Surtees, un temps ingénieur municipal à Ottawa, avait conçu le nouveau tribunal en 1871 (aujourd’hui la Cour des arts). Il a aussi réalisé les usines hydrauliques de Hull, de Peterborough et d’Arnprior, ainsi que des agrandissements d’hôpitaux et les ponts Minto. Son agrandissement de la station de pompage respectait le style de Keefer, mais ajoutait place pour quatre pompes de plus. En 1899-1901, il ajoutera aussi un étage servant à l’entreposage.
En 1912, une nouvelle expansion exigera un approvisionnement plus fiable en eau pour les pompes. Un aqueduc couvert sera construit le long de la rue Ottawa. Elle suivait le parcours de l’aqueduc ouvert, qui continuera de servir en appoint. L’aqueduc couvert est encore la principale source d’eau pour les cinq pompes qui sont toujours en usage aujourd’hui. L’eau propre vient maintenant de l’usine de filtration de l’île Lemieux. L’historique Pont Pooley a été reconstruit pour piétons et cyclistes, le côté aval étant supprimé. Le canal de fuite a longtemps été utilisé pour l’entraînement de kayakistes olympiques.
Le complexe de l’aqueduc d’Ottawa, y compris l’aqueduc ouvert est ses ponts, a été désigné en vertu de la partie IV de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario en 1982. Le pont Pooley et le canal de fuite ont été désignés en 1995. Les deux ont été actualisées en 2024. Une servitude protectrice du patrimoine a été convenue avec la Fiducie du patrimoine ontarien. L’ouvrage a été ouvert au public lors de fins de semaine Portes ouvertes. Il est apprécié des visiteurs, qui peuvent y observer le fonctionnement d’une installation unique, en usage depuis 150 ans.
SOURCES
Blair Crawford, « How 150-year-old technology keeps Ottawa's water flowing », Ottawa Citizen, 6 novembre 2024.
Ville d’Ottawa, « Mise à jour de la désignation du complexe de l’Aqueduc d’Ottawa en vertu de la partie IV de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario, dossier ACS2024-PRE-RHU-0017, rapport au Comité du patrimoine bâti le 13 février 2024 et au conseil municipal le 21 février 2024.
Keefer, Thomas Coltrin, Personnage historique national. Dictionnaire biographique du Canada.