2. Le pont de la Chaudière du colonel By
Le colonel John By, officier du Génie royal, est arrivé en 1826 dans la région aujourd’hui appelée Ottawa. La Couronne l’avait chargé de diriger la construction du canal Rideau. Le seul lien entre la colonie de Wright (Wright’s Town, qui deviendra Hull) et le Haut-Canada était le traversier accostant soit au lieu-dit Richmond Landing, dans les plaines Le Breton, soit à un quai au pied de ce qui est aujourd’hui la rue Bank.
Le colonel By savait qu’il aurait besoin de matériaux de construction, de main-d’œuvre et de connaissances que la colonie de l’Américain Philemon Wright pourrait apporter à son projet. Il a donc entrepris de construire les premiers ponts reliant les îles sur la rivière des Outaouais à hauteur des chutes de la Chaudière. Les îles et les chutes étaient un lieu sacré que la Première Nation algonquine Anishinabeg appelait Akikodjiwan (chutes du Bassin de la pipe). Des rencontres et cérémonies spirituelles s’y tenaient depuis des millénaires. Akikodjiwan reste aujourd’hui un lieu sacré.
Pour Wright, les chutes étaient aussi une source d’énergie hydraulique, et le lieu du premier chemin de schlittage du bois construit du côté du Bas-Canada (le Québec).
Le plus ambitieux des ponts devait enjamber le chenal de 65 mètres de largeur sous les chutes de la Chaudière. À partir de septembre 1826, une approche en pierre a été construite sur la rive nord, avec deux arches qui sont encore là aujourd’hui. Pour franchir l’écart, une corde a été lancée au moyen d’un canon. La construction a échoué deux fois, mais a ultimement abouti à un pont en treillis de bois de conception innovatrice.
À l’été 1828, le Bas-Canada et le Haut-Canada étaient finalement reliés par le « pont de Bytown ». Le treillage de bois était soutenu par des chaînes en fer forgé aux maillons de 10 pouces. Le pont survivra jusqu’au 18 mai 1836, quand il s’écroulera dans la rivière, trois mois après la mort du colonel By en Angleterre.
Le pont est représenté dans une aquarelle réalisée par John Burrows, un ingénieur civil et superviseur des travaux pour le colonel By. Burrows deviendra conseiller municipal à Bytown.
Le colonel By s’était rendu en Europe pour étudier le génie. Il a repris le concept du pont d’un livre du célèbre architecte et ingénieur italien Andrea Palladio.
En 1843, un nouveau pont de pierre et de fer, le « pont suspendu Union » sera construit pour rétablir le lien entre Bytown et Hull. Suivra un pont en treillis de fer, en 1889. Celui-ci survivra au grand incendie de 1900, mais pas les autres ponts entre les îles. Le pont actuel en treillis d’acier a été construit en 1919. Les ponts de 1889 et 1919 ont tous deux été construits sans que le pont précédent ne soit mis hors service.
Le pont de Bytown du colonel By a été essentiel au développement de Bytown, assurant un accès ininterrompu par-delà la rivière des Outaouais qui sera essentiel pendant la construction du canal. Les ponts ultérieurs ont continué de soutenir le développement de la région.
Pour les Algonquins, Akikodjiwan reste un lieu sacré. En 2015, des efforts ont été déployés pour contester le changement de zonage demandé pour le projet Windmill et promouvoir le projet Asinabka de l’aîné Commanda. Ce sera en vain.
IMAGE : Bridges Erected Across the Ottawa River at the Chaudière Falls (Truss Bridge) (ponts construits sur la rivière des Outaouais aux chutes de la Chaudière [pont en poutre à treillis]), aquarelle, John Burrows, 1827 / Archives / Collections et fonds, no d’identification : 2833217
RÉFÉRENCES
Aîné William Commanda, Asinabka, www.asinabka.com
Lynn Gehl, « Akikodjiwan: The Destruction of Canada’s Heart of Reconciliation », Watershed Sentinel, 8 mars 2018, https://watershedsentinel.ca/article/akikodjiwan/
Norman Pagé, La Cathédrale d’Ottawa (Ottawa : Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1988)
Robert F. Legget, « Colonel John By », Dictionnaire biographique du Canada, vol. VII.