24. La Colline du Parlement (2e partie)
Ayant rapidement décidé que les édifices du Parlement de la Province du Canada seraient construits sur la Colline des casernes, le ministère des Travaux publics a lancé un concours de conception qui mènerait à un complexe de trois immeubles distincts de style « gothique civil » disposés symétriquement autour d’une avant-cour. L’ensemble reste tel quel aujourd’hui. La pièce maîtresse était l’édifice du Centre, œuvre néogothique de Thomas Fuller et Chilion Jones. Comme il se trouvait sur un terrain plus élevé que les édifices ministériels (aujourd’hui édifices de l’Est et de l’Ouest), il les dominait visuellement. Ces édifices, dus aux architectes Thomas Stent et Augustus Laver, s’harmonisaient avec l’édifice du Centre. Ils étaient du même style... toutefois exprimé d’une façon quelque peu différente.
Les travaux ont débuté en 1859 et ont été achevés en 1865-1866. Moins de deux ans plus tard, en 1867, la Confédération est née. Les édifices adoptaient le vocabulaire décoratif des immeubles gothiques civils de Belgique et de Venise : fenêtres et portes surmontées d’arches pointues, pignons, tours et tourelles d’angle. La composition et le traitement des matériaux reflètent l’éclectisme pittoresque de l’esthétique architecturale britannique du milieu du 19e siècle. C’était le style que les architectes estimaient seul envisageable pour un site « si pittoresque et si grandiose ». Les toits en mansarde peu gothiques étaient peut-être une concession calculée au style Renaissance française cher aux architectes français contemporains. L’édifice du Centre a été détruit par le feu en 1916. Seuls ont survécu la pierre angulaire et la magnifique bibliothèque à arcs-boutants, à l’arrière. Cette structure conique à 16 côtés rappelle la salle capitulaire d’une cathédrale médiévale.
La construction d’un nouvel édifice du Centre a immédiatement commencé (1916-1927). Il a été conçu par les architectes John A. Pearson et J.O. Marchand, qui ont utilisé la même empreinte au sol mais ajouté de la hauteur pour tenir compte du nombre croissant de parlementaires. Le style gothique de la Colline a aussi été conservé, mais l’allure générale est plus lisse, davantage apparentée aux Beaux-Arts en vogue à l’époque. L’édifice du Centre est le dernier à faire actuellement l’objet d’un vaste programme de réhabilitation de la Colline du Parlement (achèvement prévu au début des années 2030).
L’édifice de l’Ouest a changé au fil des ans. Sa tour Mackenzie (architecte Thomas Seaton Scott) a été ajoutée dans les années 1870, il y a eu divers autres ajouts, et un feu a causé des dommages en 1899. De grands travaux de modernisation ont été réalisés en 1961, puis de nouveau en 2018 dans le cadre d’un programme de réhabilitation de la Colline. Pour le moment, il abrite la Chambre des communes en attendant que les rénovations de l’édifice du Centre aboutissent.
L’édifice de l’Est est la seule structure qui est restée globalement intacte, mais non sans peine. Dans les années 1960, le besoin de bureaux modernes a mené à de fortes pressions du gouvernement et du public en faveur d’un remplacement de l’immeuble historique par une tour de verre et de métal. Grâce à une vigoureuse campagne de sensibilisation et de revendication menée en 1967 par Patrimoine Ottawa, l’édifice a été sauvé et la symétrie de la Colline a été préservée.
Le paysagement de la Colline a été conçu en 1873 par Calvert Vaux, célèbre architecte paysagiste anglo-américain. L’aménagement formel, avec une large avenue centrale et deux allées diagonales, était agencé avec la symétrie des édifices. Devant l’édifice du Centre, Vaux a créé un important mur de soutènement coupé au centre par un large escalier central menant à l’entrée principale. Le concept de Vaux reste reconnaissable malgré la disparition des allées diagonales et l’ajout en 1967 de la flamme du Centenaire.
Les édifices de la Colline du Parlement restent aujourd’hui un exemple admirable de l’architecture néogothique victorienne au Canada. Ils sont le siège de notre gouvernement démocratique et ils représentent notre appréciation de notre passé ainsi que notre espoir pour l’avenir.
Sources
Kalman, Harold, A History of Canadian Architecture, vol. 2, Oxford University Press, Toronto (Ontario), 1994.
Phillips, R. A. J. The East Block of the Parliament Buildings of Canada / Édifice de l’Est des édifices parlementaires du Canada, Roger Duhamel, Queen’s Printer / imprimeur de la Reine, Ottawa, 1967.
Waldron, Andrew, Exploring the Capital: An Architectural Guide to the Ottawa-Gatineau Region / Explorer la capitale : Guide architectural de la région d’Ottawa-Gatineau, Vancouver & Ottawa (Figure1 Publishing), 2017.
Wright, Janet, Crown Assets; The Architecture of the Department of Public Works, 1867-1967, University of Toronto Press, Toronto (Ontario), 1997.
Heritage Ottawa, 50 Years, 50 Stories: https://heritageottawa.org/en/50years/2-east-block-parliament-hill
Patrimoine Ottawa, 50 ans, 50 récits : https://heritageottawa.org/fr/50years/2-ledifice-de-lest-la-colline-du-parlement
Government of Canada / Gouvernement du Canada, History of Parliament Hill: https://www.canada.ca/en/public-services-procurement/services/infrastructure-buildings/parliamentary-precinct/history.html
Histoire de la Colline du Parlement : https://www.canada.ca/fr/services-publics-approvisionnement/services/infrastructure-immeubles/cite-parlementaire/histoire.html