28. L’église presbytérienne St. Andrew’s

Vues anciennes et actuelles de l’extérieur et de l’intérieur de l’église presbytérienne St. Andrew’s.

Située à l’angle des rues Kent et Wellington, l’église presbytérienne St. Andrew’s a été la première église dans la haute-ville de Bytown. Thomas Mackay, entrepreneur participant à la construction du canal Rideau, et trois associés avaient acheté le terrain de Nicholas Sparks pour la somme de 200 £. Mackay offrira aussi la pierre et le travail de ses maçons pour l’érection d’un immeuble de conception simple, faisant 17 mètres sur 14 et pouvant accueillir 300 personnes. Il ouvrira en 1828. En 1869, il était décrit comme « une église dépourvue de toute beauté architecturale et d’ornementation extérieure, mais néanmoins de belle facture et confortable à tous égards à l’intérieur ».

Un presbytère a été construit à l’arrière de l’église au début des années 1840. En 1854, l’église a été agrandie, passant de trois travées de fenêtres à cinq. En 1872, la congrégation avait tant grandi que l’église n’y suffisait plus, et elle sera remplacée par une structure bien plus grandiose, due à l’architecte montréalais William Tutin Thomas. Celui-ci avait fait son apprentissage avec son père, l’éminent architecte torontois William Thomas qui a conçu une douzaine d’églises à Toronto et dans d’autres villes ontariennes.

La nouvelle église a été achevée en 1874. Son clocher décalé est typique du style gothique de la grande époque victorienne qu’avait adopté le mouvement ecclésiologique en Angleterre, où étaient nés William Tutin Thomas et son père. Le gothique s’exprime par exemple dans les fenêtres en lancette, les contreforts et le remplage, mais le tout reste relativement sévère, avec des surfaces plates. À l’intérieur, l’orientation des bancs correspond à celle des églises de la tradition réformée mettant l’accent sur les lectures, les sermons et les prières, et sur le rôle du ministre du culte. La chaire haute, élément architectural central de l’intérieur, souligne cette tradition. Par la suite, l’école du dimanche prendra la place de l’ancien presbytère.

William Tutin Thomas avait supervisé la construction de deux des églises de son père, à Hamilton, à la fin des années 1850. Il est connu à Montréal pour l’église anglicane Saint George (1869) sur la rue Peel, quatre églises dans l’Est du Canada et de nombreux immeubles résidentiels et institutionnels à Montréal. En 1874, il a aussi conçu l’Ottawa Collegiate Institute, la partie la plus ancienne du Lisgar Collegiate.

En 1837, grâce à l’influence de Thomas Mackay à l’Assemblée législative du Haut-Canada, la terre de dotation ecclésiastique entre la rue Main d’Ottawa-Est et l’avenue Bronson (178 acres) a été attribuée à St. Andrew’s plutôt qu’à l’anglicane Christ Church (établie plus tard). Cette terre sera par la suite aménagée et vendue par étapes, entre 1890 et 1946. Elle rapportera 750 000 $ qui serviront amplement à rembourser la dette de l’église.

St. Andrew’s a été le lieu de culte de nombreux éminents citoyens d’Ottawa, dont la famille d’Alexander Fleck, le plus grand fondeur de fer d’Ottawa, et l’entrepreneur pionnier de l’électricité Thomas Ahearn, qui a fait don du vitrail de Dorcas représentant des actes de charité de Lilias Fleck et de sa fille Lilias Fleck Ahearn. Il y a une douzaine d’autres vitraux d’importance dans l’église.

Aujourd’hui, St. Andrew’s est la seule propriété non gouvernementale sur la rue Wellington. Le site de l’ancien presbytère et de l’école du dimanche a été réaménagé en 1987. Il s’y trouve maintenant un immeuble à bureaux du ministère fédéral de la Justice. L’église a conservé la propriété du terrain, mais a loué les droits aériens pour une période de 75 ans. St. Andrew’s est un lieu apprécié pour des concerts, avec ses sièges disposés en forme de fer à cheval pouvant accueillir 650 personnes, son acoustique exceptionnelle et son orgue de 1987.

La Ville d’Ottawa a désigné St. Andrew’s comme bien du patrimoine en 1980, notant que l’église « préserve le caractère du XIXe siècle dans le cœur urbain contemporain de la capitale du pays ».

Sources

Sutherland’s City of Ottawa Directory for 1869-70, Bibliothèque et Archives Canada, nlc008148, p. 101.

Alastair Sweeney, Thomas Mackay: The Laird of Rideau Hall and the Founding of Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2022.

Glen McArthur et Annie Szamosi, sur William Tutin Thomas, dans « William Thomas, Architect », Archives of Canadian Art, 1996, p. 128 à 138.

« St. Andrew’s Presbyterian Church Heritage », site Web de l’église : https://www.standrewsottawa.ca/who-we-are/heritage

« The Windows of Saint Andrew's Church, Ottawa », site Web de l’église, 2009 : https://www.standrewsottawa.ca/stained-glass-windows

Règlement municipal 79-80 de la Ville d’Ottawa sur la désignation de l’église St. Andrew’s, Fondation du patrimoine ontarien, 1980.