1. Au début…
L’histoire de Bytown commence avec ses cours d’eau interreliés et ses lieux de rencontre naturels le long de grandes routes de commerce empruntées par les Autochtones depuis des millénaires.
Bien avant la colonisation, les Anishinabés de la vallée de l’Outaouais et la région avaient divisé le territoire en terrains de chasse et de pêche familiaux. Le grand chef Pierre-Louis Constant Pinesi (1768-1834) était un important chef algonquin dans le secteur d’Ottawa. Le terrain de chasse de sa famille se trouvait du côté sud de la rivière des Outaouais, entre la rivière Rideau et les chutes de la Chaudière (Akikodjiwan). C’est ce qui correspond aujourd’hui aux quartiers centre-ville et Dalhousie.
L’arrivée du colonel John By et des hommes du Génie royal et le début de la construction du canal Rideau, en 1826, ont eu des effets dévastateurs pour le chef Pinesi et le terrain de chasse traditionnel de sa famille. L’afflux de milliers de travailleurs s’est accompagné de coupes forestières, de défrichage et de déclin des ressources fauniques, et la construction de barrages a inondé des rives et perturbé des lieux de pêche. Ces inondations et les aménagements pour le transport de rondins ont aussi détruit des lieux d’importance culturelle, comme des lieux de sépulture et des lieux de rencontre traditionnels.
Le chef Pinesi avait combattu pour les Britanniques dans la guerre de 1812, avec quatre de ses fils, mais il n’a pas réussi à obtenir la protection de ses territoires de chasse et de pêche. C’est en vain qu’il soumettra plusieurs pétitions au gouvernement, dans les années 1820 et jusqu’à sa mort en 1834. Pendant ce temps, des Français, des Écossais et des Anglais qui avaient fait la guerre se sont vus accorder des terres pour s’établir dans la région. En ont profité des gens comme Théodore Besserer, François Dupuis et Archibald Petrie.
Les pétitions du chef Pinesi indiquaient que des représentants de la Couronne avaient reconnu verbalement les territoires ancestraux et le droit à un dédommagement pour l’empiètement par les colons. Elles demandaient une reconnaissance légale des droits territoriaux et du droit à un dédommagement, et la prise de mesures pour empêcher que la colonisation continue de s’étendre. Les représentants du gouvernement britannique se sont montrés sympathiques, mais sans jamais donner de suite réelle à aucune des pétitions.
Appauvri, le chef Pinesi, avec sa famille et tout comme d’autres Anishinabés, a été contraint de se retirer au-delà de ses terres ancestrales pour trouver une subsistance. Lui et son épouse sont morts le 13 août 1834 pendant une épidémie de choléra. Ils seront enterrés au cimetière de l’église de l’Annonciation-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie, à Oka (Québec).
Des descendants du chef Pinesi vivent dans la région aujourd’hui, avec d’autres, dans la Première Nation de Pikwakanagan. Ils continuent de faire valoir leurs revendications territoriales.
Image : L’entrée du canal Rideau, rivière des Outaouais, Canada – aquarelle d’Henry Pooley, 1833 (Musée des beaux-arts du Canada) Campement traditionnel autochtone, avec la caserne militaire du colonel By visible sur ce qui est aujourd’hui la colline du Parlement, et, à gauche, la maison du colonel By (aujourd’hui démolie).
Références
Albert Dumont, « The Kettle of Boiling Waters: Chaudière Falls, Algonquin Territory », 2013 http://albertdumont.com/the-kettle-of-boiling-waters-chaudiere-falls-algonquin-territory/
Jack Hanna, « Ottawa 200: Chief Pinesi and the founding of Bytown », CentretownBUZZ, 2026.
Noreen Kruzich, The Ancestors are Arranging Things – a journey on the Algonkin Trail. Ottawa : Borealis Press, 2011.
Jim Stone, historien non autochtone qui a mené des recherches sur le chef Pinesi en consultation avec des membres des Algonquins de la Première Nation de Pikwakanagan : « Grand Chef Constant Pinesi – menant un combat perdu d’avance dans une ère turbulente », https://kichisibiancienttrails.ca/grand-chief-constant-pinesi/