18. Maison Aylen-Heney
La maison de style cottage au 150, chemin Richmond est un lien à l’ère tumultueuse de l’industrie du bois à Bytown au début du 19e siècle. Peter Aylen (1799-1868) était « un homme à l’ambition insatiable », selon son biographe Michael Cross. Il était un producteur de bois prospère, titulaire de droits de coupe le long des rivières Gatineau et Madawaska dans les années 1830 et 1840. Avec le temps, il assumera aussi diverses responsabilités publiques.
À une époque, Aylen était « le roi des Shiners », des ouvriers irlandais catholiques qui menaient une campagne de violence dans la Basse-Ville contre les Canadiens français dirigés par Joseph (« Jo ») Montferrand, en concurrence pour le travail dans les camps de bûcherons. C’est ce qu’on appellera la « guerre des Shiners ». La brutalité ouverte ne prendra fin qu’avec la création de l’Ottawa Lumber Association.
Aylen a acheté du terrain sur le chemin Richmond, près de l’avenue Kirkwood d’aujourd’hui, en 1821 et 1825. Il y établit une ferme de 150 acres avec une maison de deux étages, des granges et autres dépendances, le tout annoncé à louer dans la Bytown Gazette en 1836. En 1837, Aylen déménage dans une ferme au Bas-Canada, du côté nord de la rivière des Outaouais, après avoir passé des années à fomenter la violence à Bytown.
John « Buffalo » Heney (1814-1896) achète la propriété en 1854. Sa famille y vivra presque 100 ans. « Buffalo » Heney avait reçu son surnom pour le distinguer d’un autre John Heney, éminent homme d’affaires de la Basse-Ville, politicien et militant en faveur de la tempérance. Il a connu le succès dans la fabrication d’articles de cuir et dans l’immobilier dans la Haute-Ville, et il représentera pendant six ans le quartier Wellington au conseil municipal.
Son fils Frederick et son épouse continueront de vivre dans la maison. Ils l’appelaient « Syringa Cottage », selon les annonces de naissance parues dans les journaux dans les années 1890. En 1900, la famille déménage de l’autre côté de la rue dans un manoir qu’ils ont conçu et construit. On l’appelait « Carleton Lodge » dans de nouvelles annonces de naissance et dans des articles de journal sur de somptueuses rencontres sociales qu’y organisaient les Heney. Le manoir sera démoli en 1947 pour faire place à l’immeuble de la Compagnie canadienne des billets de banque, qui est toujours là aujourd’hui.
L’entrepreneur ottavien Eric Cohen achètera le 150, chemin Richmond des Heney en 1988. La même année, les recherches qu’il effectue sur l’histoire de la propriété mènent à sa désignation en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario. Le règlement de désignation comprend cette description :
« La symétrie et les proportions inhabituelles témoignent d’une superposition de changements architecturaux visibles dans une combinaison vernaculaire d’éléments de style géorgien anglais et d’éléments traditionnels canadiens français. En particulier, il y a les pierres d’angle de taille grossière, l’imposte semi-circulaire au-dessus de l’entrée centrale, les fenêtres à battants, le toit mansardé à revêtement métallique et les avant-toits évasés ou en cloche. Ces éléments architecturaux, ainsi que la proximité de l’immeuble de la rue, font que l’immeuble est un immeuble marquant sur ce tronçon du chemin Richmond. »
Cohen a mené à bien une grande restauration de la maison. Il a transformé un duplex résidentiel délabré en impressionnante propriété patrimoniale commerciale qui abrite maintenant les bureaux du groupe ZW.
La prochaine fois que vous passez par cette section du chemin Richmond, prenez le temps de vous arrêter pour admirer cette merveilleuse petite maison en pierre.
Sources
Société historique d’Ottawa. « La guerre des Shiners ».
Michael S. Cross, « Aylen (Vallely), Peter », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université de Toronto / Université Laval, 2003 – https://www.biographi.ca/fr/bio/aylen_peter_9F.html, consulté le 17 mai 2026.
Dave Allston. « Early Days: Richmond Road’s Home With a Forgotten Name », Kitchissippi Times, 18 août 2016.
Dave Allston. « Hidden History of Kitchissippi's Own Pioneer House », Kitchissippi Times, 4 février 2019.