Les libéraux divisés sur l’avenir du pont Alexandra

Archives LeDroit, Simon Séguin-Bertrand

Tuesday, August 24, 2021

18 août 2021

Le Droit | Mathieu Bélanger

L’avenir du pont Alexandra que le gouvernement fédéral projette de détruire et reconstruire d’ici 2032 n’aura pas tardé à faire son apparition dans la campagne électorale.

Le projet de plusieurs centaines de millions $ pour remplacer le pont centenaire divise même jusqu’au sein de la députation libérale de la région, a appris Le Droit. Alors que le député libéral sortant de Gatineau, Steven MacKinnon, se range derrière les analyses du gouvernement voulant que le remplacement du pont centenaire soit la seule solution viable, son collègue de Hull-Aylmer, Greg Fergus, milite plutôt pour sa conservation.

En ce sens, ce dernier partage la même opinion dans ce dossier que le candidat conservateur et porte-parole du parti en Outaouais, Michel Gauthier, selon qui le pont Alexandra est un «emblème patrimonial» de la région qui doit être préservé. M. Gauthier s’est engagé, mercredi, à militer en faveur de la rénovation du pont plutôt que de son remplacement s’il est élu.

En entrevue avec Le Droit, M. Fergus a aussi affirmé se ranger derrière la position défendue par la Coalition pour la préservation du pont Alexandra formée notamment de la Société d’histoire de l’Outaouais (SHO), de l’Architectural Conservancy of Ontario et de diverses associations communautaires des deux côtés de la rivière.

Steven MacKinnon dit que c’est impossible. «On a longtemps voulu préserver le pont, mais sa durée de vie est depuis longtemps dépassée et malheureusement l’option de le conserver apparaît comme la plus dispendieuse, affirme-t-il. J’ai moi aussi voulu le garder, mais aujourd’hui ma position vient de l’aboutissement des conclusions de toutes les études qui ont été réalisées. Le gouvernent planifie présentement un remplacement. M. Fergus, comme bien des gens de la région, moi inclut, souhaitait conserver le pont Alexandra, mais les coûts exorbitants pour le faire rendent ça impossible.»

Le président de la SHO, Michel Prévost, rappelle que le pont Alexandra a une grande valeur historique, patrimoniale et paysagère. «Il fait partie du tableau de la capitale fédérale depuis plus d’un siècle, dit-il. Il est aussi important que le Château Laurier et les autres édifices fédéraux. On ne peut pas simplement vouloir le démolir en prétextant qu’il est en fin de vie.»

Des centaines de millions $

Le rapport d’estimation des coûts des différentes options de remplacement du pont Alexandra analysées par Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) dévoilé par Le Droit, en février dernier, semble vouloir disqualifier l’option de la préservation du pont. D’après ce rapport, conserver la structure actuelle et la réparer afin de prolonger sa vie de 75 ans coûterait 650 millions $. Une reconstruction avoisinerait les 415 millions $.

«Nous sommes nombreux à contester ces chiffres, précise le porte-parole de la Coalition, Claude Royer. C’est une mascarade. Seule la construction d’un pont utilitaire coûterait moins cher. Je ne crois pas qu’un autre pont sans intérêt comme le pont Cartier-McDonald est souhaité. Dès qu’on va vers un pont signature, la facture se met à gonfler.»

De fait, l’analyse de SPAC évalue à au moins 800 millions $ la construction d’un nouveau pont qui ferait l’objet d’un concours d’architecture. «Si on démoli le pont Alexandra, nous aurons besoin d’un autre pont signature, insiste M. Fergus. C’est un lien entre deux villes importantes en plein coeur de la capitale nationale. Je ne veux pas d’un pont utilitaire à cet endroit.»