10. Bureau d’enregistrement de la ville

Construction :  1873 - 1874

Architecte :  M. Hudson

Location :  70, rue Nicholas, Ottawa

 

Le bureau d’enregistrement de la ville fait partie d’un regroupement d’institutions judiciaires du 19e siècle qui comprend aussi le palais de justice et la prison du comté de Carleton. L’architecte, identifié dans les dossiers comme « M. Hudson », a sans doute suivi le plan du prototype d’immeuble dressé en 1868 par Kivas Tully, premier architecte et ingénieur provincial de l’Ontario.

Le bureau d’enregistrement conservait d’importants titres de propriété, relevés d’arpentage, hypothèques et instruments fonciers. Il offrait au public des services de consultation et de transcription.

L’immeuble présente une répartition des masses classique à la façon d’un temple, lui conférant une apparence solide. Les murs de pierre taillée et de brique chamois, les fenêtres et la porte au sommet arrondi, les angles bossagés et la cheminée élaborée (dont il ne reste aujourd’hui qu’une partie, qui a été recouverte) contribuaient à son allure digne.

À l’intérieur, trois espaces en voûtes de brique servaient respectivement à la fonction publique, à la fonction administrative et à l’entreposage. De solides portes de fer et des fenêtres aux barreaux et volets de fer protégeaient les documents du feu. Les lourds registres étaient contenus dans des caissons mobiles posés sur des rails de fer dans le sol de pierre. Les fondations de pierre s’enfonçant jusqu’à 4 mètres dans la terre protégeaient l’immeuble de tout vol au moyen d’un tunnel.

En 1909, ayant besoin de locaux plus vastes, le bureau d’enregistrement a déménagé dans un nouvel immeuble sur la rue Elgin. Le bâtiment de la rue Nicholas sera loué en 1917 à la Women’s Canadian Historical Society of Ottawa. Celle-ci y exploitera le Musée historique de Bytown et Ottawa jusqu’en 1951, quand elle déménagera à son tour dans de plus grands locaux : au Commissariat, qui est aujourd’hui le Musée de Bytown.

Entre-temps, en 1935, la Ville avait vendu le bureau d’enregistrement au gouvernement fédéral.

L’ancien bureau d’enregistrement sera ensuite occupé par le Centre du tourisme et des congrès d’Ottawa, de 1954 à 1966. Divers locataires s’y sont alors succédé jusqu’en 1980, après quoi il est resté inoccupé.

En 1978, reconnaissant l’importance de l’immeuble dans l’histoire de la ville, le conseil municipal a désigné le bureau d’enregistrement en vertu de la partie IV de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario.

Dans les années 1990, l’entreprise Viking-Rideau Corporation (ancien propriétaire du Centre Rideau) a fait l’acquisition du bureau d’enregistrement dans le cadre d’un échange de terrains avec le ministère fédéral des Travaux publics et des Services gouvernementaux. L’entente conclue ne prévoyait toutefois aucun engagement à préserver l’immeuble désigné.

Au fil des ans, Patrimoine Ottawa s’est employé à faire valoir la nécessité de protéger le bureau d’enregistrement de la ville en l’adaptant à une nouvelle vocation. Des membres ont effectué des recherches sur l’historique de l’immeuble et sur son état, ont produit des fiches d’information pour les journalistes et, avec l’assentiment du propriétaire, ont accueilli le public dans ses murs lors de journées Portes ouvertes Ottawa.

Des discussions ont été entreprises avec Viking-Rideau, y compris sur la possibilité de déplacer le bureau d’enregistrement sur un autre lieu, ou de l’intégrer à un agrandissement du Centre Rideau. Patrimoine Ottawa a privilégié cette dernière option et a tenté de convaincre la Ville d’exiger la conservation du bureau d’enregistrement à titre de condition à un appui financier de la Ville à tout agrandissement du Centre Rideau ou du Centre des congrès.

En 2003, le président de Patrimoine Ottawa David Flemming faisait cette observation dans une lettre au maire :

« L’ancien bureau d’enregistrement ... est un exemple saisissant de bureau d’enregistrement des titres fonciers du 19e siècle, et un des quatre seuls immeubles du genre subsistant en Ontario. »

Malgré des efforts persistants, le bureau d’enregistrement de la ville reste inoccupé et menacé de démolition par voie de négligence.

Patrimoine Ottawa milite contre la démolition par le dépérissement, qui est un problème majeur pour la préservation d’immeubles du patrimoine. L’organisme continuera de prôner une réutilisation adaptée du bureau d’enregistrement de la ville.